L’autisme chez les noir.es

Le stimming ou l’autostimulation.

Le terme stimming signifie en anglais « Self Stimulatory Behavior » et se traduit par autostimulation en français. Le stimming se manifeste par des actions ou mouvements  répétés : répéter un mot, phrase (écholalie), se balancer, cligner des yeux, taper des mains et/ou du pied, observer les mouvements répétitifs de la lumière ou de l’eau…

Si l’autostimulation concerne l’ensemble de la population, elle peut s’avérer plus importante et envahissante chez d’autres personnes, notamment pour les autistes car elle répond à un réel besoin physiologique. Tout le monde stimme plus ou moins, c’est important pour notre régulation sensorielle et émotionnelle. Chez l’ensemble des personnes, l’autostimulation permet de gérer le stress, l’anxiété, la peur et peut également aider à se concentrer. Chez les autistes, l’autostimulation peut être plus importante et plus fréquente et peut se manifester lors de situations non anxiogènes, lorsqu’on est heureux.ses, fatigué.es, excité.es…

Noir.e et autiste: une réalité dangeureuse

Les personnes racisé.es qui stimment dans les espaces publics peuvent voir leurs stéréotypie vue comme des comportements dangeureux et/ou agressifs. Les stéréotypes raciaux comme l’idée que les personnes racisées seraient dangereuses, impulsives, violentes et agressives, contribuent à la stigmatisation des autistes racisé.es. Un comportement tel que le stim est percu et interprété différemment lorsqu’il est présent chez des autistes blanch.es et chez des autistes noir.es. Du fait du poids des stéréotypes, les réactions extérieures peuvent être violentes, suspicieuses,  ou mettre la vie des personnes autistes en danger.

Les attitudes racistes combinées au validisme et à une incompréhension des comportements autistiques, comme le stimming, est un mélange dangeureux qui peut s’avérer mortel pour les autistes noir.es. L’histoire moderne des violences policière et médicales envers les population noires et handicapé.e, prouvent que le fait d’être noir.e et autiste/handicapé.e est doublement dangeureux. A l’intersection de ces deux identités, la réalité des violences systémiques est bien plus marquée. La psychophobie et le validisme crée des biais qui nous poussent à voir les personnes autistes comme dangereuses, instables et les préjugés racistes renforcent cet imaginaire lorsqu’il s’agit d’autistes noir.es ou racisé.es.

Les autistes noir.es & La diffèrence culturelle et sociale.

Du fait d’une anxiété raciale doublée de la crainte du validisme dont iels peuvent être victimes, mais aussi par sécurité, les noir.es vont avoir tendance à rendre leurs stimms « socialement acceptables ». Ainsi ont verra souvent des différences culturelles dans la manifestion de l’autisme chez les individu.es, notamment le stimming. Les noir.es auront tendance à avoir des façons de stimmer plus discrètes et/ou qui colle davantage à la culture noire et  donc aussi à masquer* davantage.

Les noir.es stimment

Les personnes racisées et les personnes blanches peuvent évidemment stimmer de façon similaire. Mais on trouvera des manières de stimmer en lien avec les habitudes culturelles plus répandue chez les adultes noir.es (faire et défaire ses braids, twister ses dreads, coiffer son afro, danser en rythme, twerker, rapper en boucle le même passage d’une musique…) ces stims étants plus culturellement et socialement acceptable lorsque l’on est noir.e. Mais certain.es pourrons aussi développer des dépendances ou des comportements dangeureux (alcools, drogues, cigarettes, hyperphagie, boulimie, automutilations…) dû au fait de ne pas pouvoir exprimer leurs stéréotypies librement ou en sécurité et afin de gérer les surcharges sensorielles et émotionnelles autrement.

Le stimm et ses bienfaits

Stimmer nous permet de réguler nos émotions, faire face aux imprévus, calmer des crises, à empêcher l’effondrement émotionnel (meltdown) lié aux surcharges sensorielles, exprimer la joie, l’excitation, le bonheur. C’est un partie magnifique et importante de l’autisme qui peut malheureusement nous mettre en situation d’insécurité au sein de cette société. Demander à un.e autiste de réprimer ses comportements d’autostimulation, peut engendrer stress, anxiété, meltdown, et sur le long terme burnout, depression et suicide. Laissons les autistes noir.es stimmer en paix et en sécurité. Laissons les autistes noir.es êtres autistes.

Sources :

Dear Fellow Black Autistic, Your Autistic Experience Looks Different. NeuroClastic

Black & Autistic (Why being black and autistic is doubly dangerous) MATT MEDINA. Embrace Autism

Why You Should Care About Black Autistic Lives Jennifer « Jay » Palumbo. Forbes

*masking : Le masking est un processus par lequel un.e individu.e change ou « masque » ses traits autistiques pour se conformer aux pressions sociales, et tenter d’échapper aux abus ou au harcèlement en adoptant les codes neurotipyques.